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11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 07:41

Badefols-sur-Dordogne

 

Le nom Badefol apparaît pour la première fois dans les textes en 1120.

L'étymologie la plus commune de ce nom vient d'Albert Dauzat (1), qui l'analyse comme venant de l'occitan badar (ouvrir), et fol (fou), ouvre fou. Etymologie reprise depuis par tous les historiens, mais qui est loin d'être satisfaisante. Aussi, peut-être pourrions nous en donner une plus réaliste en fouillant dans le passé historique du village.

 

Une découverte archéologique, dans les champs avoisinants le village nous ouvre une autre perspective, tout en nous donnant un indice de l'occupation du site antérieure au Moyen-Age.

Il s'agit d'une pierre tombale portant une inscription datant de l'époque mérovingienne : "Anniberto centenario pedatore vilat esse francorum". Le centenier était un chef de troupe ayant à sa charge un secteur appelé "centaine", territoire qui avait à peu prés la superficie d'un de nos cantons actuels. Nous avons donc la certitude qu'à Badefols, un centenier mérovingien occupait la place.

Selon la tradition orale, un vieux "castrum", aurait précédé le château féodal au sommet de la colline. On peut penser que c'est là que résida le centenier nommé Annibert, car de ce promontoire, tous les mouvements routiers et fluviaux pouvaient être contrôlés. Un peu plus tard, les Gontaud de Badefols, seigneurs du lieu à partir du XIIe siècle, profiteront largement de cette situation pour taxer voyageurs et marchandises.

 

Entre Lalinde et Badefols-sur-Dordogne, les bords de la rivière sont très basses et permettent une traversée aisée de la Dordogne en été. Plusieurs gués très anciens sont encore visibles de nos jours lorsque la rivière est basse.

Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'un "castrum" ait contrôlé à la fois la rivière et la route.

Annibert est le seul personnage de l'époque mérovingienne dont nous ayons la trace, mais il est fort possible qu'il ait eu des prédécesseurs et des successeurs. Et l'un de ces personnages a pu laisser son nom au lieu. Nous savons que le procédé de nomination le plus fréquent en toponymie, et même l'un des principaux à partir de l'époque gallo-romaine, était de donner le nom du premier propriétaire ou premier occupant d'un lieu. Voilà pourquoi une multitude de lieux en France portent un nom d'homme.

Malheureusement, nous ne pouvons pas argumenter cette hypothèse par des documents, il n'en existe aucun avant le XIIe siècle. Toutefois, dans un ouvrage de Marie-Thérèse Morlet (2), dans lequel elle a établi un lexique des noms germaniques, nous avons pu relever le nom d'homme Baudulfus. Ce nom, qui est un composé de deux termes germaniques : bade / combat, et - (w)ulfus / loup, a pu phonétiquement évoluer vers la forme moderne Badefols.

Le second terme -wulf >ulfus, a abouti à "-ol" dans le nom Arnol, Arnold, passés à Arnoul et Arnouil en zone occitane. Cette série de noms vient de arn-wulf. Nous pouvons aussi citer ce qui ont pour origine Adwulf, devenus Adol, Adolf et Adoul.

Mais il est probable que le second terme ait été confondu lors des transcriptions avec le suffixe latin "eolu" qui a donné les terminaisons en "ol", comme dans Pujol, Poujol, Pouyol, série de toponymes venant du latin podium.

Les scribes du Moyen-Age, imprégnés de culture latine, ont très souvent modifié par leurs interprétations les noms anciens.

En conclusion, Baudulfus > Bodefou > Badefol (1120),  paraît être plus logique que badar-fol, qui n'a aucun sens toponymique.

 

  C.B.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1). Dictionnaire étymologique des noms de lieux de France. Librairie Guénégaud.
2). Les noms de personne sur le territoire de l'ancienne Gaule. Editions du CNRS. 1985. 






Les ruines du château de Badefols sur la colline qui domine la rivière



Chateau-les-ruines.JPG

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Published by Sevencb - dans toponymie
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