Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 février 2008 6 09 /02 /février /2008 10:32

Singleyrac

 

Nous relevons comme forme la plus ancienne  : Singleyracum ( Dictionnaire topographique de la Dordogne. Alexis de Gourgues). Par la suite, on trouve Saint Gleyrac (1680), forme fantaisiste qui résulte d'une mauvaise interprétation du nom (1).


C'est à la Renaissance, que les noms de lieu ont subi le plus d'altérations. A cette époque, les vieux noms gaulois, gallo-romains, mérovingiens, carolingiens ou romans, n'étant plus compris depuis longtemps, les scribes, notaires ou autres préposés aux écritures, ont fait perdre alors aux noms de lieux leur substance originelle : soit en les francisant, soit en les interprétant par analogie phonétique. Apparaissent alors des modifications graphiques assassines, et parfois, comme c'est le cas ici, des saints inconnus. Deux autres cas similaires en Bergeracois, sont assez représentatifs des pièges que réserve la recherche étymologique : Saint Onger, dont l'origine est Saintongers (habitants de la Saintonge, pays de Saintes, Charente-Maritime), ou encore, Saint-Nexans, venant de Sainte Naissance.
Pour conclure, il est évident que dans le cas qui nous intéresse, c'est la forme Singleyracum qui apparaît comme base de recherche, et ce nom appartient  à la série de noms composés d'un nom latin et d'un suffixe d'origine gauloise "acos" passé à la forme latine "acum".  Suffixe qui se retrouve dans une multitude de noms de lieux terminés de nos jours en "ac", dans le sud de la France, et détermine l'appartenance. C'est ainsi que Julliacum qui définit le domaine de Julius a donné Juillac, dans le sud de la France et Juilly, Juillay, plus au nord.  Citons aussi comme exemple :  Iccius, passé avec le suffixe  acum à : Icciacum, Issiacum, et avec l'accentuation Issijac, Issigeac, mais également Issy, Issac, etc…

 

Afin de mieux comprendre le système de dénomination des villages dont le nom est terminé par "ac", il faut revenir sur le système onomastique romain appliqué en Gaule après l'occupation romaine.

A l'époque, les citoyens romains, possédaient trois noms, le prénom, nomen, le gentilice (le nom du clan), et le cognonem, le surnom. Ainsi Jules César se nommait en fait, Marcus (prénom), Julius (nom du clan ou famille), Caesar (surnom). C'est à partir de l'un des ces trois noms, que l'on définissait le nom du domaine en y rajoutant le suffixe "acum". On affichait ainsi l'appartenance du domaine.

Le gentilice que l'on peut comparer à notre nom de famille, se transmettait de génération en génération.  Le surnom (cognonem) était individuel. Il évoquait soit le caractère, l'aspect physique ou un défaut de naissance quelconque et parfois l'ordre de la naissance dans les familles nombreuses. Ainsi, Primus, Secondus, Tertius, que l'on retrouve dans la toponymie sous les formes, Primiacum devenu Prémilhac, Prémilhat (Allier) Secondiacum devenu Segonzac (Corrèze, Dordogne), Tertiacum devenu Tersac, et Tarsac (Gers) etc…

Le surnom (cognonem) qui dérivait d'un substantif ou d'un adjectif, va peu à peu devenir un vrai  nom qui permettara d'identifier plus précisément une personne de la famille. Et, en y rajoutant le suffixe "acum", on situera l'endroit précis où  réside cette personne.


Dans le nom Singleyrac, l'étymon paraît être un cognonem. Albert Dauzat (2) y voit le terme latin "singularis", que Du Cange explique par : particulier, condition privé, solitaire, et qui a donné en français singulier et sanglier.

Etymologie acceptable compte tenu que, Singularius + acum, peut aboutir à Singlaracum et à la variante graphique Singleyracum.

A ce jour, l'archéologie n'a révélé aucune trace datant de l'époque gallo-romaine à Singleyrac. Mais une occupation antérieure est prouvée grâce à la découverte d'une tombe gauloise(3). Dans cette sépulture, se trouvaient une hachette et un glaive en bronze, un fragment de vase en poterie et un collier de fil d'or en spirale. Un peu plus tard, en 1882, on a dégagé plusieurs sarcophages de l'époque mérovingienne. Ils contenaient quatre couteaux en fer, deux agrafes de ceinturon en fer, une autre en bronze ciselé (4).

L'occupation de l'époque gallo-romaine, intermédiaire des périodes citées ci-dessus, n'est pas attestée, si ce n'est par le nom. Toutefois sachant qu'à l'époque mérovingienne, les villas gallo-romaines furent réoccupées, puis remplacées soit par une église ou une autre bâtisse, il est assez délicat de retrouver des traces, car dans la plupart des cas celles-ci sont recouvertes par le village et l'église. Il en est ainsi à Montcaret ou Issigeac, Saint-Léon-sur-Vézère, Port-Sainte-Foy, ou Pontours, où les fondations gallo-romaines ont été découvertes à proximité ou sous l'église.

A Singleyrac, il ne semble pas qu'il y est eu de fouilles, mais le hazard de travaux ou de restaurations pourrait à l'avenir faire surgir des découvertes archéologiques attestant l'occupation du site à l'époque gallo-romaine.
En attendant ce jour, le toponyme reste quand même l'indice le plus précieux concernant cette période. Un nommé Singularius, est probablement à l'origine du nom du village.

 

  C.B.

 


NOTES.

1)Cette erreur est appelée une mécoupure

2). Les noms de Lieux en France

3) Note dans le Bulletin de la société archéologique de Bordeaux. Tome 16. Année 1891. Page 26 et suivantes.

4) Voir note dans le Bulletin de la Société archéologique du Périgord. Année 1882. Page 208

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Sevencb - dans toponymie
commenter cet article

commentaires

Rechercher

Archives