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1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 18:55

Trémolat

 

 

 

 

Chercher l'étymologie du nom Trémolat pourrait être la parfaite illustration des difficultés que l'on rencontre lorsque l'on s'efforce de donner une explication à un nom de lieu.

Il est évident que si nous orientions la recherche à partir du nom moderne, nous aurions toutes les chances d'aboutir à une impasse, car celui-ci nous engagerait à rechercher parmi les dérivés du latin tremere (trembler) qui a donné tremulus (tremblant) d'où proviennent les formes occitanes : tremol, tremola (tremblotte), tremolar (trembler) etc… Ces mots ont surtout servi à former des noms de lieux-dits, créés à partir du Moyen-Age et que nous retrouvons de nos jours sous les formes: Trémoulet, Trémoulière, Trémolhède, Trémolie, etc…. Ils désignent des lieux où poussait le peuplier tremble (populus tremula).

A  la lecture des graphies anciennes, dont la liste suit ci-dessous, il apparaît que ce n'est qu'à partir du XVIIIe siècle que le nom est devenu Tremoulac puis Trémolac au XIXe siècle, et enfin Trémolat au XXe siècle. Le "r" qui n'est pas originel est venu s'intercaller, probablement par une mauvaise interprétation, et sous l'influence de l'occitan tremola (tremblotte).  D'autre part, ces formes  témoignent aussi que le suffixe "-ac" n'a aucune valeur étymologique. Ces graphies ne sont donc qu'une interprétation des scribes, lesquels, par attraction des noms de lieux d'origines gallo-romaines créés à partir du nom d'un propriétaire et du suffixe acum, ont reproduit certains noms terminés par atum > at, comme des noms terminés en acum. Et enfin, elles nous démontrent qu'indiscutablement  le populus tremula n'a pas eu d'influence sur la dénomination du lieu. C'est donc une étymologie à bannir définitivement. Il en est de même pour celle, encore plus fantaisiste, qui fait venir ce nom de l'occitan treis-moulis, trois moulins. La langue occitane n'a vu le jour qu'au XIIe siècle.
Formes anciennes : Tomolatum (en 769), Tomolatumque (852), Temolatensis (en 995), Tamolatensi ( Cartulaire de Cadouin acte de 1158), Temoulat (au XIIIe), Temolaco (1218), Themolaco (en 1534), 

En fait, l'explication du nom se descelle dans l'histoire du lieu. En effet, c'est à Trémolat que la légende fait naître saint Cybard (Eparchius) au VIe siècle. Ses parents menèrent une vie sainte, son père Félix Auréolus et sa mère Principia eurent droit après leur mort à un tombeau dans l'église de Trémolat. , "que Dieu honora de plusieurs éclatants miracles" nous dit la légende. Derrière cette légende se cacherait donc un fond de vérité qu'atteste l'étymologie du nom.

Les formes anciennes sont à rapporter au latin "tumulus", qui a d'abord eu le sens de monticule de terre et par extension a désigné un tombeau. On trouve ce mot employé par Virgile dans : " est urbe egressis Tumalus".
Comme on peut l'observer, les variantes dans le vocalisme sont assez fréquentes. Cependant, comme  Edouard Bourciez (1) estime que le "u" est devenu "o" en latin vulgaire, il n'y a rien d'étonnant à ce que tumulus soit passé à tomol-atum. Le suffixe atum marque le lieu. On peut donc donner la signification suivante : le village, ou le lieu du tumulus (tombeau).

Albert Dauzat (2), a opté pour cette étymologie, Chantal Tanet et Tristan Hordé (3) se sont rangés à cette opinion. Il est indéniable que le toponyme s'accorde avec l'histoire du lieu, même si une partie légendaire a occulté le fond de vérité.

En conclusion, la vénération d'un tombeau à partir du VIIe ou VIIIe siècle à Trémolat, époque où le pouvoir de l'Eglise était grandissant, est un prétexte suffisant à la dénomination d'un lieu. Et ceci d'autant plus qu'à Trémolat, la terre a particulièrement été consacrée. Il y avait autrefois deux églises et deux paroisses d'après le R.P. Carles (4), celle de Saint-Hilaire dans le cimetière (photo 1), et celle de Saint-Nicolas dans le bourg. Cette dernière fut probablement remplacée par un monastère créé au début du IXe siècle par les moines de Saint-Cybard d'Angoulême en l'honneur de leur fondateur. Fondation attestée par un acte de Charles le Chauve daté de 852. Ce premier monastère et son église furent ruinés par les Normands. Ce n'est qu'à partir du XIIe siècle que les moines de Trémolat entreprendront la reconstruction de leur monastère et de l'église actuelle (photo 2).

  C.B.

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes

1) Eléments de linguistique romane. Librairie Klincksieck. Paris.

2) Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France. Editions Guénégaud.

3) Dictionnaire des noms de lieux en Périgord. Editions Fanlac

4) Les Titulaires et les patrons du diocèse de Périgueux - Sarlat. Réédition le Roc de Bourzac.



Eglise Saint-Hilaire


L'église du bourg

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Published by Sevencb - dans toponymie
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