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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 08:28

BEYNAC, BANEUIL, BANNES

Ces trois villages ont une particularité commune que l'on peut déceler au premier coup d'œil. Ce sont trois sites de hauteur sur lesquels ont été élevées des forteresses médiévales, à Baneuil et Beynac, et un château du XVIe siècle à Bannes. Mais d'autres éléments communs les rapprochent. D'abord des découvertes archéologiques, qui ont révélé l'occupation antique de ces promontoires, ensuite leur nom. Leur substrat est en rapport direct avec la topographie et il illustre parfaitement les différentes évolutions d'une base étymologique au cours des siècles.

Les trois noms sont en harmonie avec les lieux. Leur étymologie et les photos ci-dessous en témoignent.

C'est un mot d'origine celtique, banna, benna, resté dans la langue occitane sous la forme bana, corne, pointe, qui se cache sous l'habillage graphique moderne des trois noms. Si cette racine est facilement reconnaissable dans Baneuil, et Bannes, elle l'est beaucoup moins dans le nom Beynac. Cependant, si l'on s'en réfère aux formes anciennes de ce dernier, Bainaco, Beinacum (1147), Beinachas (1187), Beinagium (1188), Beynacum (1347), et Benaco (1390), à l'évidence, il s'apparente au vieil irlandais bennach, cornu, qui dérive de la forme celtique benna. Comme Benacus, ancien nom du lac de Garde aux promontoires multiples.(1)

Cette étymologie sort totalement du domaine de l'hypothèse lorsque nous observons la topographie du site de Beynac.

Notons tout de même qu'il existait à l'époque antique les noms de personnes Bannus et Banna (2), lesquels selon la méthode de d'Arbois de Jubainville, auraient pu aboutir avec le suffixe gaulois "acos" devenu "acum" en latin, à la même terminaison.
Cependant, si dans la majorité des cas, les noms terminés par le suffixe "acum", sont d'anciens domaines gallo-romains composés à partir du nom de l'ancien propriétaire et du suffixe acum, nous savons que d'autres sont composés à partir de noms du langage courant. Le suffixe "acum" a parfois été rajouté au Moyen-Age par les scribes latins à des noms communs. Nous en avons pour preuve des exemples irréfutables comme Condat, venant du gaulois condate (confluent), écrit Condacum au XIIe et XIIIe siècle. Ce village est situé au confluent du Cern du Coly et de la Vézère. Ou encore, pour Sainte-Foy-de-Longas, le second élément est écrit Longacum en 1156, alors que le toponyme se retrouve précédemment sous la forme Longo Vado (le gué long). Ceci s'explique par la position du village en bordure du vallon marécageux de la Louyre et le passage d'un ancien chemin gaulois reliant Périgueux à Agen. Enfin, Trémolac (XIIIe), devenu de nos jours Trémolat, alors que la forme la plus ancienne est Tomolatum (769).

Tout ceci nous amène à penser que le promontoire de Beynac, dont nous savons qu'il fut occupé dès le paléolithique, puis par la suite par les Celtes devenus des Gaulois, n'a pas pu laisser ses occupants indifférents. Il n'y aurai rien à redire à ce que cette falaise remarquable, cette corne rocheuse, ait largement influencé la dénomination du lieu. Dans ce cas, le suffixe "acum", marquait et identifiait "le village de la corne, de la pointe".

 

Pour les deux autres noms, leur origine est plus évidente. Baneuil (Banolium, XIIIe siècle), est un composé de ban + le suffixe ialo (clairière), la clairière de la pointe ou du sommet, toponyme de l'époque gauloise. Bannes ( Banas, VIe siècle, Banes XIXe siècle), est le plus récent des trois. Il a transité à travers les âges sans altération majeure. Au VIe siècle, le vieux mot gaulois avait encore toute sa signification. Ce n'est que plusieurs siècles plus tard que sera établi le château sur le piton rocheux. Il prendra alors tout naturellement le nom de la particularité de l'endroit : une bana rocheuse dominant la vallée de la Couze.

C.B.


NOTES
1). Dictionnaire de la langue gauloise. Xavier Delamare. Ed. Errance. 2003.

2). Ibid.






























BANEUIL
















BANNES

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Published by Sevencb - dans toponymie
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