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6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 08:03

 

Vélines




 

 

Le site de Vélines, au même titre que celui d'Eymet (1), présente plusieurs indices qui nous permettent de rattacher ce nom de lieu au souvenir d'une très ancienne dévotion.

Le premier point que nous observons dans ce toponyme c'est l'alternance du "b" et du "v" à l'initiale comme nous le démontre le relevé des formes anciennes : Balinas dans un pouillé du XIIIe siècle, Velinis à partir de 1342.
Balinas fait entrer ce nom dans une série de substantifs dérivés de Bélénos, le dieu éminent de l'époque gauloise. Jacques Lacroix dans son livre sur la Gaule des Dieux (2), mentionne un ruisseau près de Beaune appelé Aqua Belina en 1098, puis à Allègre la Font Beline, à Craponne-sur-Arzon une fontaine nommée la Belina, et enfin la Font-Belin, à Saint-Amand-Montrond (Cher). Tous ces noms découlants de Bélénos indiquent d'après lui d'anciens sanctuaires gaulois. Ajoutons à cette liste Belin-Beliet, près de Bordeaux, (Belinum XIe siècle), qu'Albert Dauzat (3) fait venir également de Bélénos. Et enfin, Beaune, Beleyme, Belnom (Bélénos magus), Blénod, ou plus près de nous en Dordogne Beleymas (Belemas, 1268).

Ces exemples démontrent parfaitement les différentes évolutions du nom Belenos. En conséquence, le cheminement graphique de Balinas > (B-V)elinis > Vélines, reste conforme aux règles phonétiques.

Le deuxième point que nous relevons vient argumenter cette thèse. Il s'agit de la position géographique de la ville de Vélines. Elle est proche de la limite du département de la Dordogne dont nous savons que les limites actuelles sont à quelques variantes près les mêmes que celles de la Civitas Pétrocoriorum (Territoire des Pétrocores). Nous avons déjà évoqué cette particularité dans notre étude sur Eymet. Pour mémoire : d'après le constat de Jacques Lacroix, l'implantation des lieux de culte est assez conséquente aux voisinages des frontières territoriales et des grandes voies de communication antique. La voie reliant Périgueux (Vésonne) à Bordeaux (Burdigala), traversait le site aux Réaux. La situation de Vélines colle donc à ces observations (Voir la carte ci-jointe).

 

Le dernier point apporte la preuve formelle que le site de Vélines eut une occupation antique abondante : fragments de mosaïque aux lieux dits Champs des Bardes (4), vestiges d'une "villa", entre les Bories-Hauts et Prentigarde ainsi que des éléments permettant d'identifier des thermes gallo-romains. La découverte de chapiteaux antiques, de tambours de colonnes, et surtout prés de la RN 136, d'une tête de statue barbue surmontée de deux cornes de bélier s'enroulant au-dessus des oreilles(5), complètent cet inventaire. La tête de statue est attribuée à Jupiter-Ammon.

A tous ces indices vient s'ajouter un détail qui revêt une importance capitale dans le cas de Vélines. C'est le nom du titulaire et patron de la paroisse : saint Martin de Tours, dont nous savons qu'il fut l'un des plus illustres destructeurs de temples païens. Son patronage cache dans bien des cas un ancien lieu de culte.

Cette précision est d'autant plus probante si l'on s'en réfère à Beleymas, autre village du Périgord portant un nom dérivé de Bélénos, et dont le patron est également saint Martin de Tours.

L'importance religieuse de Vélines s'est prolongée au Moyen-Age. A partir du XIII e siècle, le village est devenu le siège d'un archiprêtré composait d'une trentaine de paroisses. Auparavant cet archiprêtré portait le nom de Mont Revel, nom d'un ancien fief proche de Vélines qui a appartenu aux seigneurs de Bergerac

Tous ces indices et toutes ces traces archéologiques réunis autour du nom Vélines ne peuvent pas être uniquement le fait du hazard. Aussi, même si les formes graphiques anciennes en notre possession ne remontent qu'au XIIIe siècle, la probabilité que ce toponyme dérive du nom du dieu gaulois Belenos, repose sur des bases aussi solides que celles dont on s'est servies pour faire venir Vélines du nom d'homme gallo-romain Velinus ou Vellinus. Etymologie inspirée par la doctrine toponymique de d'Arbois de Jubainville(6) qui fait remonter l'origine de la plupart des toponymes à des noms d'hommes gaulois ou gallo-romains.

Nous sommes conscients que la restitution de l'origine d'un nom à partir de formes bien postérieures à la formation supposée du toponyme reste un exercice périlleux qui fait une large part à l'hypothèse. Cependant, si l'on arrive à réunir assez d'éléments concordants permettant d'identifier plus précisément l'étymon, on en réduit d'autant la part de l'hypothèse. Après, ce n'est plus qu'une question d'appréciation. Sachant que dans la majorité des cas, aucun document précis ne peut confirmer l'étymologie.

  C.B.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                      NOTES






1).Voir l'étude de ce nom.
2). Les noms d'origine gauloise. Editions Errance. 2007.
3).Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France. Librairie Guénégaud. 1963.
4).Nom assez significatif qui pourrait perpétuer une vieille tradition.
5).Notons au passage que le bélier se dit aussi "belin ".
6). Recherches sur l'origine de la propriété foncière et des noms de lieux habités en France. E. Thorin. Paris 1890.






 

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Published by Sevencb - dans toponymie
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