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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 19:29

Eymet

 

Le site sur lequel fut bâtie cette bastide française en 1270, a une origine antique certifiée et attestée par de nombreuses découvertes archéologiques qui éclairent fortement l'étymologie du nom. On peut même aller au-delà puisqu'un dolmen, au lieu-dit la Font d'Eylias et un lieu appelé Peyrelevade (Pierre Levée = menhir), sont les signes d'une occupation bien antérieure à l'Antiquité.

La liste des découvertes archéologiques antiques concernant Eymet est bien trop longue à énumérer. Mais cependant, certaines d'entre elles méritent que l'on s'y attarde plus particulièrement. Notamment une statue d'Hercule, une statue d'Eros, toutes deux trouvées au Gué-de-Roupy, une statue d'Isis découverte vers l'année 1950 dans les environs, et une tête de Jupiter trouvée dans le bourg d'Eymet. Une bonne partie de ses pièces peuvent être vue au Musée du Périgord ou à Eymet. (1)

 

Devant cette profusion de statues de dieux antiques, il est évident qu'Eymet fut un lieu de culte capital, et peut-être le plus important après Vésone du territoire des Pétrocores. On a la certitude que quatre divinités avaient des adeptes sur le site.

L'implantation de la ville antique d'Eymet n'a pas été le fait du hasard. Elle se situe juste à la limite du département actuel de la Dordogne, à la croisée de nombreuses routes anciennes, et en bordure du Drot, ruisseau qui constitue une véritable frontière entre les départements de la Dordogne et du Lot-et-Garonne.

En 1270, le roi de France qui y fait construire une bastide, a lui aussi saisi l'importance de ce lieu de passage. En outre, la ville était aussi une halte sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Jacques Lacroix (2), a relevé que les sanctuaires les plus importants des gaulois et des gallo-romains se situaient dans la majorité des cas sur les frontières des Civitas. Sur ce point, la position d'Eymet est incontestable. Nous avons donc là plusieurs éléments qui nous permettent d'avoir une idée un peu plus précise sur l'étymologie de ce nom.

 

La graphie la plus ancienne, que nous possédons, figure dans la charte des franchises et privilèges accordés aux habitants en 1270 : Heminetum - on trouve aussi Hemeto (3) - puis Aymetum en 1308, et Aymet au XVIe siècle.

Albert Dauzat donne comme origine : du nom d'homme gaulois Aimos + suffixe gaulois -eto. Mais il paraît plus judicieux de rapporter ce nom à une forme avec aphérèse, dérivé du gaulois nemeton > nemetum, sanctuaire. Ce qui nous donnerait une évolution : (N)emetum = Emetum/ Aymetum > Eymet.

Sur 16 noms de lieux relevés par Jacques Lacroix comme étant formés sur nemeton, tous on une caractéristique commune, ils se situent près des frontières d'anciens peuples ou tributs gauloises. Notons que cet auteur ne mentionne pas Eymet. Mais toutes les caractéristiques des lieux sacrés gaulois ou gallo-romains sont réunis à Eymet : les découvertes archéologiques, la position frontalière, le nœud routier, l'étymologie. Autant d'indices qui permettent de classer Eymet dans la série des noms dérivés de nemeton.

  C.B.

 

 Eymet.JPG

 

Notes

 

1) Voir Carte Archéologique de la Gaule. La Dordogne. Michel Provost. Fondation Maison des Sciences de l'Homme. Paris 1997.

2) Les noms d'origine gauloise. La Gaule des Dieux. Editions Errance. 2007.

3).Les Bastides de la vallée du Drot. Publié par le centre historique et archéologique de la vallée du Drot.

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3 juin 2007 7 03 /06 /juin /2007 08:54

Les Martres

 

La découvertes d'une quinzaine de sarcophages, en 1967, à Saint-Maime-de-Péreyrol près de Vergt (Dordogne), dans un lieu appelé les Martres, a confirmé, si cela était encore nécessaire, que ce toponyme indique dans la majorité des cas une ancienne nécropole.

Le nom vient de martyretum, ce qui à première vue indiquerait l'endroit où aurait été enterré un ou plusieurs martyrs. Mais les fouilles de ces lieux ont révélé qu'il s'agissait surtout d'antiques cimetières gaulois, gallo-romains ou barbares. La plupart de ces toponymes ont été formés au Moyen-Age, époque où la tradition orale en a fait des lieux où reposaient des martyrs chrétiens.

Le plus connu est Montmartre (montem Martyrum, 937), que l'on a aussi attribué à Mercure. Mais sur ce point les avis restent très partagés.

Jacques Soyer (1), a pris comme base étymologique la forme latine martyretum, car il fut employé au XIIe siècle dans un document pour désigner le cimetière de la paroisse Saint-Gervais à Paris. - C'est un nom composé de martyr- plus le suffixe neutre etum, indiquant la collectivité, écrit-il. Ce mot a abouti à des formes légèrement différentes suivant les régions : martroi, martroy, martrai, martrei, martray.  

La forme Martroy ou Martray, désigne souvent une place publique qui était aussi un ancien cimetière désaffecté. C'est le cas notamment à Orléans, où existait au Moyen-Age, près de l'enceinte romaine deux lieux appelés "martrois". L'un d'eux, était l'ancien cimetière de l'église Saint-Sulpice, dédicacée à un ancien évêque de Bourges. C'est là où se tiendra un marché à blé, et un plus tard un marché à l'osier. Avec l'agrandissement de la ville, ce cimetière désaffecté, situé en premier lieu hors des murs, va être gagné par les constructions et deviendra peu à peu une place publique servant de lieu d'exécution. D'où une certaine confusion entre Martroy et le martyre de ceux que l'on exécutait. 

La liste des découvertes archéologiques dans les lieux Martres, Martroy, Martray, est sans ambiguïté. Ces lieux sont pratiquement tous d'anciens cimetières. 

C'est notamment le cas à Nanterre, où une place Martray avait remplacé l'ancien cimetière. Camille Jullian, en cite d'autres : le martroi Saint-Gervais à Paris, qui se serait constitué en 386, au moment de la grande vogue des reliques des saints Gervais et Protais ; le martray de Dugny, révélé par un lieu-dit où se trouvait encore à l'époque de Camille Jullian le cimetière, enfin le martray de Thiais.
D'autre noms de lieux dérivées de martyretum apparaissent dans la toponymie sous les formes Marteray, Marthouret, Martoulet, Martroux, Martory, Martorie. Noms qui méritent que l'on y porte attention car ils pourraient indiquer d'anciens lieux de sépultures. D'autant plus, si ces lieux sont à proximité d'une ancienne voie. Car jusqu'au VIIe ou VIIIe siècle, les nécropoles se situaient hors des villes et des villages ; très souvent en bordure d'une voie antique.

En conclusion, terminons par la légende de saint Vidian, martyr à Martres-Tolosane, dans le diocèse de Toulouse au VIIIe siècle. " Le père de Vidian, qui été de la maison d'Alençon, avait pris les armes contre les Sarrasins mais fut fait prisonnier à Lucerna, en Galice. Le roi Sarrasin, ayant consulté ses oracles, demanda à ce que l'on échange le prisonnier contre son fils Vidian. Ce qui fut fait. Mais une marchande venue de Lactora au pays des Vascons, libéra l'enfant, qui s'employa au négoce avec sa libératrice. Plus tard, poussé par le désir de vengeance, Vidian, rassemblera une armée et marchera sur Lucerna qui brûlera. Après cette glorieuse expédition, il reviendra en France auprès de Charlemagne qui le comblera d'honneurs. Mais apprenant que les Sarrasins avaient fait une nouvelle incursion, Vidian se rend avec son armée sur les bords du fleuve Garonne, près d'Angonia. La bataille se déroulera dans un champ appelé le Campestrés. Au cours du combat, Vidian, est gravement blessé. Il se traîne jusqu'au bord d'une fontaine pour y laver ses blessures, mais les quelques Sarrasins qui n'avaient pas succombé sous les coups de son armée, réussirent à le capturer et lui coupèrent la tête.
Sa mère, prénommée Stacia, ayant appris son martyre, vint à Angonia, et lui fit élever un tombeau en son honneur. C'est à cette occasion que la ville aurait pris le nom de Martre ". (2) 

En fait il semble que la ville tienne son nom de deux cimetières païens découverts au XIXe siècle dans un lieu-dit de Martres-Tolosane, appelé "Vicus de Saint-Cizy". De nos jours les historiens ne croient plus à une invasion des Sarrasins, ni même à l'existence du mythique saint Vidian.

Le relevé des toponymes les Martres a permis la découverte de plusieurs cimetières antiques et il est évident que tous les lieux dérivés de martyretum, n'ont pas encore livré leurs secrets.

 

  C.B.

 

 

 Notes :

1) Revue des Etudes anciennes. 1925.
2) Histoire générale de l'Eglise de Toulouse. Abbé Salvan.

 

 

 

 

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26 mai 2007 6 26 /05 /mai /2007 19:13

 

La station antique Diolindum

 

 

Jean-Baptiste Bourguignon d'Anville, Charles-Athanase Walckanaer, Camille Jullian, et A.F. Lièvre, quatre des meilleurs historiens et géographes de la Gaule, ont situé Diolindum, station romaine mentionnée par la Table de Peutinger, à Lalinde. Localisation qui a pourtant été très souvent contestée, du fait que cette station se situait entre un itinéraire reliant Agen à Cahors. Et à première vue, il est évident que passer par Lalinde pour se rendre à Cahors depuis Agen n'est certainement pas la route la plus courte. Voici comment la Table nous donne les noms avec le nombre de lieux qui les séparent :

Distances antiques         Distances LG                    Distances curvimétriques

AGINUM XIII                      31,85Kms                        AGEN 30 kms

EXCISUM XXI                   51,45Kms                        EYSSES 52kms

DIOLINDUM XXIIII            58,80Kms                         LALINDE 89kms

DIVONA CAHORS             On trouve aussi parfois DIBONA, BIBONA

Si nous convertissons ces distances avec ce que Jacques Dassié appelle la Grande Lieue Gauloise (2450+/- 50m), nous arrivons à un kilométrage total entre Agen et Cahors de XIII x 2450 + XXI x 2450 + XXIIII x 2450 = 142,10 Kms.

On remarque qu'il existe une différence de 30 kms environ entre Diolindum et Divona, par rapport à la distance actuelle. Le docteur Chaume (1) explique cet écart en émettant l'hypothèse que cette distance indique le lieu de raccordement de deux voies. En fait,  la route venant de Vésone via Diolindum se serait raccordée à une autre venant d'Excisum, et allant vers Divona, en un point distant de XXIIII lieux, (voir planche 1). Ensuite le tronçon aurait été commun jusqu'à Divona. Ce qui correspondrait à Frayssinet-le-Gélat dans le Lot, au croisement de deux routes importantes. La planche 2, nous montre la répartition des voies romaines dans le Lot (2), la planche 3, le nœud de chemins venant de toutes les directions et aboutissant à Frayssinet-le-Gélat (3). 
Les voyageurs poursuivaient ensuite leur route en passant par Pomarède, Les Vitarelles. Deux toponymes qui se situent toujours le long des voies anciennes.

  
   voies-antiques-du-Quercy.JPG

La distance curvimétrique entre Agen et Cahors via Villeneuve-sur-Lot (Eysses) et Frayssinet-le-Gélat n'est que de 100 kms, de centre ville en centre ville. Si l'on suit le tracé de la Table de Peutinger on fait 40kms de plus. L'itinéraire mentionné n'est donc pas direct entre Agen et Cahors. Cet écart semble être justifié par un détour à Diolindum. Dans ce cas,  il ne faut pas chercher la position de Diolindum ailleurs qu'au nord de Eysses, et donc à Lalinde.

 





A.F. Lièvre (4) qui a décortiqué minutieusement tous les itinéraires anciens de la Table de Peutinger, conclut, que parfois il a l'impression que l'auteur de la carte flâne sans se soucier des chemins les plus courts.

En résumé, il pense que la Table de Peutinger n'est  tout simplement qu'un rapport de voyage, dont l'auteur  avait tout son temps. Celui-ci n'aurait fait que mentionner ses différentes étapes.

Nous avons peut-être là l'explication de ce détour par Diolindum.

 

Grâce à l'article du docteur Chaume, nous savons qu’un gué bâti de l’époque gallo-romaine existait dans la rivière à la hauteur de Pontours, village de la rive gauche à 300 ou 400m en amont de Lalinde. La topographie des lieux correspond parfaitement, et nul endroit n'est plus propice à une traversée.

Les anciens ayant connu l'endroit avant la construction du pont de Lalinde (1902), se rappelaient avoir vu des attelages traverser l'été la rivière à Pontours pratiquement à pieds secs et sans avoir de difficulté. L'hiver, le niveau de l'eau et le courant ne permettant plus de passer à pieds secs, un bac assurait la liaison entre les deux rives.

 

Bien que le site de Pontours n'ait jamais été  fouillé sérieusement, de nombreux vestiges gallo-romains ont été découverts lors de labourage ou de travaux. Des fourneaux, des fondations de murs importants, un énorme fragment de colonne, des monnaies romaines, une partie de bassin. Tous ces vestiges attestent qu'il existait un établissement important en bordure de la rivière. Sur la rive droite, côté Lalinde, la construction d'un canal, et celle d'un mur de soutènement au milieu du XIXe siècle, ont définitivement détruit tout espoir de découvertes. Seule une lampe antique a pu être recueillie à l'époque des travaux, et on ne sait par quel miracle.

L' étude du docteur Chaume lui a permis d'en déduire que le Diolindum de la Table de Peutinger, et le Trajectus de l'Itinéraire d'Antonin, ne faisait qu'un. Le premier nom mentionnant le lieu, le second l'ouvrage.

Depuis plus d'un siècle, les recherches en sont donc restées là, et il n'est pas rare de voir encore dans différents ouvrages des localisations de Diolindum contradictoires. Les communes de Couze, Mouleydier, ou Duravel dans le Lot.

 

Les historiens et les chercheurs du XIXe siècle n'ont pas attaché d'importance à une étude étymologique du nom Diolindum. Si l'on ajoute à cette étude celle de la toponymie des lieux environnants l'ancien gué de Lalinde, l'hypothèse du docteur Chaume sort du domaine de la conjecture.  

Diolindum est un nom composé de deux termes d’origine celtique, dont le premier élément, dio, remonte à une racine indo-européenne dei, évoquant Dieu et que l’on retrouve sous diverses formes : deuos, diuo, deuo, devo, divo, et sous l’influence du latin : dio. Mot qui entre dans la composition d’une multitude de noms de divinités antiques, et de noms de rivières. Le second terme, lindum, est une forme latinisée du celtique lindo, qui désigne l’eau sous toutes ses formes, source, rivière, lac, étang. On le retrouve sur tout le territoire celtique, Lincoln (Lindum colonia, colonie du Lac ) par exemple, et la langue occitane a gardé linde, signifiant, limpide, claire, transparente.

En fait, Diolindum était un lieu où l'on vénérait une divinité des sources, ou de l'eau en général.

Et sur ce point, Lalinde est un lieu où les sources abondent.

 

Actuellement la ville est enclavée entre la Dordogne au sud, et le canal au nord. Mais les sources sont très nombreuses encore aux abords de la ville, et elles l’étaient beaucoup plus autrefois, avant la construction, au XIX e siècle, du canal et du bassin qui les ont recouvertes. Lorsque le bassin est asséché, ont peut les voir surgir et notamment celle appelée Del Pesquié. En outre, lors de la construction de la bastide, d’autres furent canalisées comme la Fon del Roc ou celle des Fontanelles, et coulent de nos jours directement dans la rivière à la base du mur d’enceinte.

Les plus importantes, celles de la Bazinie alimentent le ruisseau qui contourne la ville et qui coulait autrefois dans les fossés entourant la bastide (d’où son nom la voisine). A proximité de la ville, on trouve également la source du Souci, celle de la Maroutine et celle du Terme.

Enfin notons ce qu'un chroniqueur du début du XXe siècle écrivait concernant Lalinde : " Lalinde est un endroit riche en bonnes eaux ; les sources qui l’entourent sont infinies et les fontaines de la Bazinie et de la Tour sont inépuisables et d’une bonté exquise qui les fait estimer par tous les étrangers. Il ne manque à Lalinde qu’un de ces hommes entreprenants qui savent tout exploiter et qui avec de grandes ressources bâtirait des bains et donnerait à la salubrité et à la douceur des eaux de Lalinde le nom qu’elles méritent si justement. "



 Si nous traduisons Diolindum par la divinité de la source ou la source divine, nous ne sommes plus dans le domaine de l’hypothèse lorsqu’il s’agit de Lalinde















 

Ceci nous amène à une légende très connue à Lalinde et en Périgord : la légende du Coulobre, histoire d'un dragon que le confesseur saint Front est venu combattre au Ve siècle dans un lieu qui s'appelait alors Linda. D'ailleurs à ce sujet Lalinde s'est toujours écrit en deux mots La Linde ou La Lynde. Les documents anciens sont formels. La graphie actuelle n'est qu'une fantaisie administrative du début du XXe siècle.

Voici la légende telle qu'elle fut publiée la première fois dans la Guienne Monumentale en 1842 : " Le dragon habitait un antre druidique, près de La Linde, et, de là, développant en partie son corps gigantesque, enlevait les habitants du sommet de leurs murailles et les nautoniers dans leurs bateaux, se repliait ensuite dans son repaire et y dévorait sa proie. L’apôtre saint Front, touché de pitié, fit dresser un bûcher sur la colline voisine et ordonna au dragon de s’y précipiter. O prodige ! Cédant à la puissance surnaturelle de celui qui le conjurait, le monstre se traîna de lui-même au milieu des flammes, et La Linde fut délivrée.

En mémoire de ce grand bienfait, on bâtit sur la crête de la colline l’église de Saint-Front-de-Coulaury ou Colubry. "

 

Légende chrétienne que l'on peut retrouver sous différentes formes dans une multitude de Vitae et qui ne relate en fait que le combat qu'a du mener l'église catholique contre le paganisme à partir du IVe siècle. Nous savons que les pratiques païennes sont restées trés vivaces dans les campagnes jusqu'à l'époque carolingienne.

Saint Front est donc venu détruire dans le lieu Linde, le culte d'une divinité païenne. Dans ce cas le rapport avec le nom Diolindum est évident. La Linde était un lieu où l'on adorait une divinité de l'eau, et ce n'est pas le hasard qui a guidé les pas de saint Front jusque là. Ceci pourrait aussi expliquer le détour de l'auteur originel de la Carte de Peutinger pour se rendre à Cahors depuis Agen.  Les lieux sacrés étaient très visités à l'époque antique.

Il existe à peu prés le même scénario à Périgueux (Vésone), où saint Front chassa un dragon de la tour de Vésone, ancien temple dédié à la déesse Tutèle. Dans les deux cas il s'agit bien d'éradiquer les vieilles croyances.

 Un peu plus tard, dans l'itinéraire d'Antonin qui date du IIIe siècle, Diolindum a disparu, et c'est Trajectus qui le remplace. Dans ce cas il semble bien que se soit l'ouvrage que l'on a mentionné. Ouvrage qui ne pouvait être utilisé qu'en eau très basse, c'est à dire deux ou trois mois dans l'année. Le reste du temps c'est le bac qui permet la traversée.

L'activité et l'ouvrage vont laisser une trace dans la toponymie avec le nom de Pontours qui est on ne peut plus explicite. Les textes anciens nous donnent Pontos, 1281, Portus de Pomos, 1286, Pontous, 1315, Pountors, 1319. La forme ancienne Pontos semble dériver de pontones >pontos , bac qui sert à passer les rivières. Jusqu'au début du XXe siècle existait  près de la rivière "la maison du passeur".

L'ancien chemin gaulois qui reliait Aginum (Agen) à Vesuna (Périgueux), passait par Pontours, en venant de Bourniquel (nom qui évoque la reine Brunehaut), il arrivait dans la plaine de Pontours à la Borgne, puis, la rivière passée, soit il se dirigeait  vers Drayaux, trajet, chemin (Draiau, XIIIe), soit il montait directement par le coteau vers le lieu Cayrefour, pour  traverser Vicq (Vicus, village qui se situe toujours sur de très vieux tracés) et arriver enfin par le lieu Pique (au sommet d'une colline) à Sainte-Foy-de-Longas (S. Fides de Longo Vado, 1382), Sainte-Foy du Grand gué. Il continuait ensuite en direction de Vesunna.

Drayaux est un endroit intéressant. Le nom évoque à la fois le passage de la voie Aginum-Vesunna, et celui d'un vieux chemin de colline qui suivait la rive droite de la rivière. Au-dessus de Drayaux, le bois de Cange (Change) est assez évocateur d'un lieu de changement ou de croisement de plusieurs chemins, et notamment les deux vieux chemins mentionnés ci-devant. D'autre part, à Drayaux nous trouvons le château de la Rue, et le village voisin Sauvebœuf (Salvebuo, 1371). Ce dernier est une mauvaise interprétation de Salve Via, qui en langage local se dit Salvebio. Le bœuf se prononçant biou, les cartographes qui ne comprenaient pas toujours les patois locaux ont reporté la forme française Sauvebœuf. C'est ainsi que la sauveté de la voie et devenue la sauveté du bœuf.

Enfin, pour en terminer avec Diolindum, retenons l'évolution du nom Le Pian (Médoc), en Gironde. Cas des plus intéressants concernant une évolution possible de Diolindum en La Linde. On trouve Doupian XIIIe siècle, Daupian XIVe, Aupian XVIe, et enfin Le Pian depuis 1760, formes anciennes qu'il faut interpréter : du Pian, de Pian, et au Pian
Nous avons vu ci-dessus, que la première mention graphique de Lalinde est Linda, qui se prononce localement lindo. Notons au passage que les habitants de Lalinde sont appelés les Lindois, et non pas les Lalindois.  
Diolindum > Dolindo, a très bien pu être entendu comme la forme Dau lindo (de Linde).
Ce qui va amener tout naturellement la forme féminine La Linde. C'est en 1242 qu'apparaît pour la première fois, le nom La Lynde avec l'article. Dans le parlé local on dit  Lo lïndo.

C.B.

 

 

 

Notes 
1) Voir Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord. Tome 35. Année 1908.
2) Extrait du Bulletin de la Société des Etudes du Lot. Tome XCVII. Année 1976.
3) Extrait du Bulletin de la société d'histoire d'archéologie et de tradition gauloise. 2eme série N° 15-16. Année 1967.
4) Les chemins gaulois et romains entre Loire et la Gironde. Editions J.M. Williamson. 1987. Réédition de l'ouvrage de 1891.

































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